Mon fils avait un TDAH non diagnostiqué : le témoignage d’une maman infirmière
En France, un enfant sur six serait concerné par un trouble du neurodéveloppement, autisme, TDAH, troubles DYS, HPI, mais une grande majorité reste non diagnostiquée pendant des années. Derrière chaque diagnostic tardif, il y a une famille qui a porté seule des doutes, des incompréhensions et souvent, une culpabilité silencieuse.
C'est l'histoire de Sophie*. Infirmière, maman de trois enfants, elle a traversé en parallèle les maladies rares de deux de ses enfants, son propre cancer, un divorce, et le long chemin vers le diagnostic de TDAH de son fils Adam*. Aujourd'hui, elle témoigne pour que d'autres parents se sentent moins seuls.
*Les prénoms ont été modifiés.
Les premiers signaux, minimisés
Quand avez-vous commencé à vous inquiéter pour votre fils ?
“Dès le CP, j'avais des doutes. Je pensais à la dyslexie, notamment parce que mon frère l'était. Il confondait certaines lettres, mais on me disait que c'était normal. Les enseignants me disaient que tout allait bien, alors j'ai suivi. Mais je voyais bien que la lecture et l'écriture n'étaient pas au niveau.”
Comment décririez-vous votre fils au quotidien ?
“C'est un enfant très sociable, apprécié de tous. Il aide les autres, il est agréable. C'est justement ça qui a pu masquer certaines difficultés. Un médecin m'a même dit que je lui avais tellement bien appris les codes sociaux que ça pouvait avoir caché des troubles.”
Ce phénomène s’appelle le masquage : l’enfant s’adapte si bien socialement que les troubles passent inaperçus.
Le tournant : deuil, dépression et phobie scolaire
Qu'est-ce qui a tout changé ?
“En 2024, il a assisté à l'enterrement de sa grand-mère. Il a voulu la voir une dernière fois. C'était un choc. Depuis cet événement, tout a changé. Il est entré dans une forme de dépression. Il a pris conscience de la mort, du fait que ses parents pouvaient disparaître.”
“Au début, il avait des maux de ventre, il ne voulait plus aller à l'école de temps en temps. Puis c'est devenu une phobie scolaire. Il ne voulait plus me quitter. Il a dû prendre des anxiolytiques pour calmer ses crises d'angoisse.”
La phobie scolaire peut être le symptôme visible d’un TDAH non traité ou d’une anxiété profonde.
Le diagnostic, enfin
Comment s'est passé l'accompagnement médical ?
“On a commencé par une psychologue, puis la situation s'est aggravée. En 2025, il ne voulait plus sortir de son lit. Une collègue médecin m'a orientée vers un psychiatre, qui a posé un diagnostic de dépression. Le TDAH avait déjà été évoqué en 2024 par la psychologue scolaire, mais nous ne savions pas quoi faire de cette information.”
Le traitement a-t-il changé les choses ?
“Oui. Il est sous antidépresseur et sous traitement pour le TDAH depuis cette année. Sa maîtresse m'a dit qu'elle avait redécouvert mon fils. Il est plus apaisé, plus concentré. Il reprend goût à aller à l'école.”
Porter seule : la réalité des parents d'enfants neuroatypiques
Comment avez-vous vécu cette période ?
“C'est compliqué. On reçoit beaucoup d'avis différents. Certains médecins minimisent, d'autres ont des approches opposées. On se retrouve perdue, à ne plus savoir quoi faire.”
Sophie jonglait en parallèle avec les soins de sa fille, suivie à Paris depuis huit ans pour une maladie rare affectant ses dents, et de son deuxième enfant, dont les douleurs articulaires ont mis des années à être prises au sérieux.
“Pour mon deuxième enfant, on me parlait de croissance. Je n'y croyais pas. Je n'ai pas lâché, et j'ai insisté pour approfondir.”
Et au milieu de tout cela, son propre cancer. Diagnostiqué en 2019, après des années de surveillance d'un nodule thyroïdien.
“Avec le recul, je me rends compte que j'ai repoussé certaines démarches médicales pour moi-même. J'étais concentrée sur mes enfants. C'est ma mère qui m'a poussée à reprendre les examens.”
C'est l'un des angles morts les plus fréquents dans les familles concernées par la neuroatypie : le parent qui s'oublie.
La rencontre avec Neurosolidaire : trois mois qui changent tout
Qu'est-ce que l'association vous a apporté ?
“Énormément. Déjà, je me sens moins seule. J'ai trouvé des réponses concrètes, un accompagnement clair, étape par étape. En trois mois, j'ai fait plus de progrès qu'en plusieurs années.”
En trois mois, ce qui semblait interminable est devenu lisible, et Sophie n’avance plus seule.
Quel regard portez-vous sur votre parcours aujourd'hui ?
“Je suis en train de faire le deuil de l'enfant 'comme les autres’.’ Et aussi du modèle de la famille parfaite. Aujourd'hui, je comprends qu'il faut s'adapter, avancer et accepter que tout ne soit pas linéaire. Et surtout, j'apprends à prendre du temps pour moi."
Son message aux autres parents
“Il ne faut pas rester seul. Il faut s'entourer, poser des questions, chercher des réponses. Et surtout, ne pas abandonner. Parce qu'au final, on finit par trouver des solutions.”
Le saviez-vous ?
En France, on estime qu'un enfant sur six est concerné par un trouble du neurodéveloppement (TDAH, TSA, DYS, HPI). Pourtant, une grande majorité de ces enfants n'est pas diagnostiquée à temps, faute de repères, d'orientation ou d'accompagnement adapté.
Aujourd'hui, Neurosolidaire accompagne plus de 50 familles en Île-de-France. L'association met au centre de sa démarche une conviction : un parent accompagné est un parent qui peut accompagner.
Vous vous reconnaissez dans ce témoignage ? Rejoignez Neurosolidaire ou venez nous rencontrer lors du pique-nique bucolique atypique, le 6 juin 2026 à Mennecy.
Pique-nique Bucolique Atypique
Venez nous rencontrer le 6 juin 2026 de 11 h à 15 h au Parc de Villeroy, Mennecy.

